Lauren Collin : l’Art du papier sculpté.

l’Art du papier sculpté.

Lauren Collin nous a ouvert les portes de son atelier dans le XIème arrondissement de Paris, un lieu à la décoration inspirée, évoquant son passé d’architecte d’intérieur. Aujourd’hui, elle dédie son temps à la réalisation d’oeuvres en papier aussi impressionnantes que poétiques. La minutie chirurgicale de ses créations est une invitation à la contemplation. Voyez par vous-même…

Date: 1 March 2019
Ville: Paris
Artisan: Lauren Collin
Pouvez-vous nous expliquer la technique que vous avez développé pour sculpter vos papiers?

Lauren

J’utilise des scalpels chirurgicaux de différentes tailles. Chaque lame permet une incision assez précise dans le papier. J’entaille l’épaisseur de ce dernier avec ces outils pour soulever une fine pellicule, ce qui donne une sorte de petite pétale de papier. Je répète le mouvement en faisant des milliers de petites entailles: le papier se mue en une sorte de plumage, d’épiderme, certains y voient de la dentelle. En réalité, c’est simplement du papier scalpé dans l’épaisseur, et surélevé très légèrement.

Qu’est-ce qui vous a poussé à développer cette technique ?

Lauren

C’est l’amour du papier ! Pour ce qu’il est, pour sa texture, son grain, sa tonalité. D’autre part, étant une passionnée de dessin, je trouvais très intéressante l’idée de pouvoir dessiner en volume, en n’utilisant que le papier.

Au départ, je m’en servais pour réaliser des maquettes d’architecture. Je m’amusais déjà à le lacérer et à le manipuler pour représenter les différents éléments d’un plan. Progressivement, j’ai été dans une démarche plus artistique: je pouvais me servir du scalpel comme d’un crayon entaillant la structure, l’épaisseur du papier. Je me suis rendue compte que cela pouvait exprimer des choses assez poétiques, notamment avec les jeux d’ombres et de lumière.

Pourquoi affectionnez-vous tant ce matériau ?

Lauren

Je pense que c’est un coup de cœur qui s’est créé, une évidence pour moi. Depuis toujours, le papier fait partie de ma vie. Dans mon enfance d’abord, et puis bien sûr dans la filière artistique que j’ai suivie: il a toujours été entre mes mains.

Ce qui me séduit, c’est qu’en fonction de la forme et de la densité du coton dans le papier, le rendu est différent. Par exemple, lorsqu’on manipule une feuille plus duveteuse, le résultat est moins précis par exemple. Sur du grain dit “torchon”, il y aura une impression de dégradés, de petites entailles…

Vous avez d’abord travaillé en tant qu’architecte d’intérieur chez Gilles Boissier. Comment s’est passée la transition entre ce métier et votre activité artistique actuelle ?

Lauren

Dès mes débuts chez Gilles Boissier, je travaillais sur des petites pièces le soir et le weekend. J’avais découvert les scalpels de mon père, stomatologue, et j’avais commencé à expérimenter avec ces outils. Je m’étais aperçue qu’ils permettaient une réelle fluidité de mes gestes… Régulièrement, je montrais mes essais au bureau. Mes collègues et mes patrons étaient très sensibles à ce que je leur montrais et m’ont proposé d’exposer une de mes pièces au salon AD Intérieurs. À cette occasion, la galerie Dutko m’a repéré et m’a commandé des pièces afin de les exposer. Au fur et à mesure, cette nouvelle activité a pris beaucoup de place dans ma vie. J’ai finalement décidé de m’y consacrer pleinement. La transition s’est faite de manière assez naturelle…

« C’est un peu comme une écriture intuitive, ressortant récurremment, que ce soit en volume, en dessin, en architecture, même quand je dessine des croquis de voyage : c’est mon écriture ! »

Avez-vous un univers défini ?

Lauren

Certains éléments reviennent en permanence: l’épure, les coquillages, la nature, les éléments organiques. À l’école, nous avions eu à concevoir une tour de 80 étages. J’avais imaginé un immeuble à grandes pales, sortes de grandes ailes s’orientant en fonction du soleil. Ces pales ressemblaient beaucoup à des coquillages: visuellement, cette maquette est la représentation architecturale de mes réalisations papiers actuelles. Ce motif coquillage est présent dans mon travail depuis bien longtemps. C’est un peu comme une écriture intuitive, ressortant récurremment, que ce soit en volume, en dessin, en architecture, même quand je dessine des croquis de voyages: c’est mon écriture !

Pouvez-vous nous parler de votre processus de création ?

Lauren

Cela commence toujours avec une feuille de papier! Je choisis d’abord mon support: plus ou moins texturé, avec plus ou moins de défauts, teinté ou pas…Cette première étape me donne des idées quant à la manière dont je vais manipuler la feuille. Parfois, je dessine quelques croquis; mais en général, la composition se fait progressivement. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment la pièce se réalise petit à petit, sur le vif.

Que voulez-vous transmettre à travers vos œuvres ?

Lauren

Chaque pièce n’est pas nommée, car j’ai envie de laisser le choix à chacun de voir l’oeuvre comme il l’entend. Titrer, c’est déjà cadrer, limiter l’imagination de chacun. J’apprécie l’idée de transmettre une émotion grâce à une création abstraite. En outre, j’ai envie de révéler toute la complexité du blanc, sa dualité aussi bien esthétique que symbolique – au Japon par exemple, le blanc est synonyme de deuil, à l’inverse de l’Occident – afin de le sublimer.

Qu’aimeriez-vous développer à l’avenir ?

Lauren

J’adorerais pouvoir fabriquer mon propre papier! Cela serait l’aboutissement de mon savoir-faire: je pourrais alors créer des feuilles en fonction de mes idées. Peut-être pourrais-je alors en développer certains en volume, pour un rendu plus sculptural… L’histoire n’en sera que plus intéressante…

Cet artisan vous a plu ?

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· Crédits · Texte : Aurélia Monge – Éditrice : Audrey Billard – Photographies : Diana Gran, Lauren Collin.
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